Voici venir les rêveurs – Imbolo Mbue

Voici le destin croisé de deux familles à New York : rêves et désillusions attachés à la Grande Pomme, immigration et déracinement, promesses et dangers du capitalisme, autant de sujets abordés dans ce livre qui réussit le tour de force de parvenir à éviter les clichés.
Jende Jonga arrive à New York, en provenance du Cameroun, pensant pouvoir offrir à sa famille une vie heureuse dans une ville où tout est possible. En parallèle, Clark Edwards, un brillant américain travaillant dans la finance, est la caricature parfaite de l’américain qui a réussi dans le monde capitaliste. Le destin de ses deux hommes va se croiser alors que le premier devient le chauffeur du second.
Le grand intérêt du livre est que son auteur, Imbolo Mbue, ne s’en tient pas à un tableau du désenchantement du rêve américain et une critique du monde capitaliste, mais se livre à une analyse beaucoup plus fouillée.
Une crise des subprimes et l’équilibre matériel mais surtout affectif et psychologique de la famille Edwards vole en éclat. Quant à la famille Jonga, Jende perd son emploi de chauffeur de la famille Edwards, avec à la clé les promesses de revenus pour offrir des projets de vie à sa famille qui s’envolent. Difficulté à traverser les épreuves, rêve américain, oui, mais à quel prix ? Où mettre les limites pour obtenir la nationalité américaine pour la famille Jonga, ainsi que pour assouvir la promesse de réussite professionnelle et sociale pour les deux familles? De douloureux dilemmes à résoudre sans compter l’attachement à la famille et aux racines.
La subtilité de la description des sentiments est l’autre grande réussite de ce livre. Là aussi pour sortir des clichés, l’auteur crée des liens sincères d’affection entre Jende et Clark. Les portraits des femmes sont plus durs que ceux des hommes. Neni, la femme de Jende, est présentée comme une femme noire courageuse mais qui devient envieuse de la liberté et de l’indépendance des femmes américaines, tout en étant tourmentée par la soumission à son mari ancré dans ses racines africaines et le désir d’union de son foyer. Cindy, la femme de Clark, est quant à elle certes libre et indépendante mais visiblement malheureuse, et ne parvient pas à assurer la chaleur et la cohésion de sa famille. L’usure des corps et des esprits des deux familles est très bien décrite.
Enfin, le style coloré et imagé tranche parfaitement avec la lourdeur du fond, et le désenchantement du message délivré. Bravo à Imbolo Mbue d’avoir réussi à éviter l’écueil d’un énième livre sur un sujet maintes fois abordé et à en faire au contraire un premier roman profond.

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